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Œufs introuvables en supermarché : pourquoi les rayons restent vides et quand la situation pourrait s’améliorer

Depuis plusieurs mois, trouver des œufs en grande surface relève parfois du parcours du combattant. Rayons clairsemés, références manquantes, ruptures soudaines…

Une situation qui s’est nettement aggravée ces derniers jours, notamment à cause de problèmes de livraison liés aux intempéries, mais dont les causes sont en réalité bien plus profondes.

Des ruptures accentuées par les intempéries

La semaine dernière, toutes les enseignes de grande distribution ont été confrontées à des difficultés d’approvisionnement. En cause : des conditions météorologiques défavorables, avec des chutes de neige sur une large partie du pays et la tempête Goretti en Normandie, qui ont empêché de nombreux camions d’assurer les livraisons.

Résultat : certains magasins n’ont tout simplement pas été réapprovisionnés, accentuant une tension déjà bien présente sur le marché des œufs.

Une filière sous tension depuis des mois

Ces problèmes logistiques ne sont pourtant que la partie visible de l’iceberg. La filière des œufs est sous pression depuis le début de l’année 2025, avec une situation qui s’est encore détériorée à l’automne.

Faut-il parler de pénurie ? Pas au sens strict, selon la filière. En 2024, la France a produit 15,4 milliards d’œufs, un volume historiquement élevé.

« Il n’y a pas de pénurie à proprement parler », explique Alice Richard, directrice de l’interprofession des œufs (CNPO).
Le véritable problème est ailleurs : la production ne suit plus la demande.

Une consommation en forte hausse

Les Français mangent de plus en plus d’œufs. En moyenne, 226 œufs par an et par personne, soit plus de quatre œufs par semaine.

Au total, cela représente 300 millions d’œufs supplémentaires à produire chaque année par rapport aux années précédentes.

Or, si la demande a augmenté de 4 à 5 %, la production n’a progressé que d’environ 1 %. Un décalage structurel qui explique les ruptures répétées en magasin.

Une protéine devenue incontournable

Cette explosion de la demande s’explique par plusieurs facteurs :

  • les œufs sont une protéine bon marché, coûtant entre 15 et 40 centimes l’unité, bien moins chère que la viande ;
  • ils sont faciles à cuisiner et polyvalents ;
  • la tendance fitness, bien-être et musculation booste la consommation de protéines ;
  • les craintes liées au cholestérol ont largement été relativisées par les professionnels de santé ces dernières années.
  • Dans un contexte post-inflationniste, les œufs sont devenus un produit refuge pour de nombreux ménages.

Une production freinée par la transition vers le plein air

Augmenter rapidement la production n’est pas simple. La filière est engagée dans une transition majeure vers l’élevage plein air, désormais plébiscité par les consommateurs.

Aujourd’hui, 43 % des œufs consommés en France proviennent de poules élevées en plein air.

Cette évolution implique :

  • la construction de nouveaux poulaillers,
  • la recherche de surfaces agricoles suffisantes,
  • et de longues démarches administratives.

La CNPO prévoit la construction de 300 nouveaux poulaillers d’ici 2030, mais ces projets prennent du temps. Il faut plusieurs mois, voire des années, entre l’installation d’un élevage et une production à plein régime.

Pas de flambée des prix… pour l’instant

Malgré la tension sur l’offre, les prix restent globalement stables.
Pourquoi ? Parce que la filière œufs est très fortement contractualisée. Les prix sont fixés via des contrats de long terme, parfois sur 10 à 15 ans, entre éleveurs et distributeurs.

« Les prix ne fluctuent pas en fonction de l’offre et de la demande. Le seul élément susceptible d’avoir un impact, c’est le coût de l’alimentation des poules, notamment les céréales », précise Alice Richard.

Ainsi, les œufs à plus de 50 centimes l’unité ne sont pas à l’ordre du jour.

Des ruptures possibles jusqu’à mi-2026

La situation ne devrait toutefois pas s’améliorer rapidement. Selon la CNPO, les tensions pourraient durer jusqu’au second semestre 2026.
En attendant, la France a davantage recours aux importations, en hausse de 13 % en 2024. Mais ces œufs importés, souvent utilisés dans l’industrie agroalimentaire, posent des questions de traçabilité.

Certains industriels cherchent donc à sécuriser leurs approvisionnements. C’est le cas de La Fournée Dorée, qui a annoncé la construction de cinq poulaillers en partenariat avec des éleveurs français. Les premiers œufs sont attendus à l’été 2027.

Vers un retour à l’autosuffisance ?

Objectif de la filière : retrouver l’autosuffisance, qui atteignait 99 % l’an dernier, contre 95 % aujourd’hui.
Mais d’ici là, les consommateurs devront encore composer avec des rayons parfois vides, une production en transition et une demande toujours plus forte.

Julien Varnel

Journaliste économique, partage depuis plusieurs années des analyses approfondies sur les thématiques d’investissement, de fiscalité et de retraite. Son objectif : rendre l’information économique fiable, pédagogique et accessible à tous les lecteurs soucieux de mieux gérer leur patrimoine.

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