Paris se souvient : une course et une marche pour transformer la douleur en élan collectif

À l’approche du dixième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, Paris a vibré au rythme d’une mobilisation citoyenne hors norme. Plus de 1700 coureurs et plusieurs milliers de marcheurs ont sillonné les lieux frappés par les attaques, transformant l’espace urbain en un parcours de mémoire et de solidarité.

Entre émotion, recueillement et énergie fédératrice, cette journée a permis de rappeler l’importance du souvenir partagé et de la cohésion face à la violence qui avait frappé la capitale.
Une course pensée comme un souffle de vie
Dès l’aube, le parvis brumeux du Stade de France s’est animé d’une foule venue courir pour la liberté. L’arche de départ, dressée devant la plaque rendant hommage à Manuel Dias, première victime de la soirée tragique, donnait le ton de l’événement.
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Le geste symbolique a profondément ému les participants, notamment lorsque Sophie Dias a appelé à ne pas oublier les valeurs républicaines avant de lancer la course.
Imaginée par l’Association française des victimes du terrorisme, cette initiative s’inscrit dans un désir de réinvestir les lieux meurtris en leur apportant un souffle positif. Catherine Bertrand, rescapée des attaques et vice-présidente de l’association, a voulu reproduire l’élan fédérateur vécu pendant les Jeux olympiques de 2024. Pour elle, cette course représente une manière de rappeler que les attentats ont visé l’ensemble du pays, et que la mémoire collective doit faire vivre l’esprit de résilience.
Des lieux chargés d’histoire revisités autrement
Le parcours de seize kilomètres reliait les différents sites touchés par les commandos terroristes. Le Petit Cambodge, le Carillon, la Bonne Bière, Casa Nostra, le Bataclan, le Comptoir Voltaire ou encore la Belle Équipe ont été traversés par un flot de coureurs unis par un même objectif.
🕊🙏 Présent ce matin sur la ligne de départ du 15Km du 13 Unis, la course hommage aux victimes des attentats du 13 Novembre 2015.
Souvenirs et solidarité avec ceux qui restent ❤️🙏 Un parcours sur les lieux des attaques.
Merci aux primo-intervenants de cette tragédie 🚒🚔 pic.twitter.com/vSI8AzHebE
— GOURAUD Théo (@GouraudTheo) November 9, 2025
Pour beaucoup, comme Julie Leblanc, trentenaire venue courir en portant le T-shirt orange «13-Unis», revenir sur ces lieux signifie reconnaître le temps qui passe sans laisser l’oubli s’installer.
L’ambiance, mêlant détermination sportive et recueillement profond, donnait un relief particulier à cette redécouverte des zones mémorielles. Les participants rendaient hommage en silence ou en échangeant quelques mots sobres, conscients de la portée symbolique de leur présence.
Une marche pour rassembler toutes les générations
L’après-midi, la «marche de l’égalité» a pris le relais. Entre 2000 et 3000 personnes se sont élancées depuis la place de la République sous un soleil inattendu.
[#Institutionnel] Ce matin, @AOC1978 était présente au Stade de France pour le lancement de la course mémorielle de la liberté, organisé par 13-UNIS, oú près de 2 000 participants étaient au départ pour 15km entre Saint-Denis et Paris en passant par les six lieux frappés par les… pic.twitter.com/UaJZ5fX3h9
— FranceOlympique (@FranceOlympique) November 9, 2025
Chaque pas était guidé par un sentiment commun refuser l’indifférence et affirmer une solidarité durable. Catherine Bertrand a rappelé qu’un dispositif psychologique était disponible afin d’accompagner ceux pour qui la démarche ravivait des souvenirs trop douloureux.
Des participants de tous âges se sont joints au cortège. Jean-Marc Domart, 80 ans, a déposé une bougie avant de marcher pour défendre l’idée d’un «plus jamais ça». Leslie, 37 ans, évoquait la nécessité de se tenir ensemble face à un événement qu’elle considère comme impensable. Pour Claire Resonnet, jeune étudiante, cette marche matérialisait une cohésion encore vivante dix ans après les faits.
Des familles réunies dans un moment rare
L’arrivée au Bataclan a marqué un temps suspendu. Long silence, regards graves, gestes simples. Certains déposaient des roses, d’autres se tenaient la main.
Un geste symbolique au pied de la statue de la République. Une bougie, une fleur. Gorge serrée. Impossible d’oublier ce 13 novembre, son cortège de morts, de blessés. Les attentats islamistes. Peine et colère.
Fluctuat nec mergitur. Never surrender. On n’abandonnera pas. pic.twitter.com/hc1pyA00CE— Arlette_Zilberg (@Arlette_Zilberg) November 9, 2025
Pour Aurélie Silvestre, qui a perdu son compagnon ce soir-là, la journée avait une résonance intime particulière. Autour d’elle se trouvaient des proches n’ayant jamais osé revenir sur place. La présence de ses enfants, venus pour la première fois déposer une fleur, lui a donné la sensation d’un moment inédit et profondément réparateur.
Ce rassemblement autour du lieu le plus meurtri de la soirée de 2015 a rappelé que la mémoire se construit aussi grâce à ces instants collectifs, où les trajectoires personnelles se croisent pour redonner sens aux lieux, aux histoires et aux liens humains.



