Fraude sociale : ces chômeurs qui voyagent à l’étranger tout en touchant leurs allocations

La fraude à l’assurance chômage revient au cœur du débat politique. Alors qu’une loi de lutte contre la fraude fiscale et sociale a été votée au Sénat en novembre et revient cette semaine à l’Assemblée nationale, plusieurs témoignages illustrent une pratique qui inquiète : des demandeurs d’emploi qui voyagent à l’étranger tout en continuant de percevoir leurs allocations.
Si ces situations restent minoritaires au regard du nombre total d’allocataires, elles représentent un enjeu financier important pour France Travail.
Voyager grâce au chômage : une règle pourtant claire
La réglementation est sans ambiguïté : pour percevoir l’allocation chômage, le demandeur d’emploi doit résider en France et rester disponible pour reprendre un travail. Pourtant, certains bénéficiaires choisissent de contourner cette obligation.
Voir cette publication sur Instagram
Anthony, saisonnier devenu allocataire en octobre 2024, a ainsi quitté la France pour le Brésil pendant six mois tout en recevant 924 euros mensuels. Il assume son choix, estimant qu’il s’agit d’un « prêt à taux zéro » qu’il rembourserait si nécessaire.
Jéromine, partie en Amérique du Sud après son alternance, a vu plusieurs de ses amis faire le même choix. Selon elle, l’absence de contrôles réguliers facilite ces pratiques. Entre ceux qui estiment « profiter du système » et ceux qui considèrent simplement récupérer ce pour quoi ils ont cotisé, les motivations varient, mais la règle demeure la même.
VPN, complices et réseaux sociaux : les stratégies pour éviter les contrôles
Chaque mois, les demandeurs d’emploi doivent actualiser leur situation en ligne. Pour échapper aux soupçons, certains fraudeurs utilisent des stratagèmes techniques.
Sylvain, licencié économique, confie qu’un proche resté en France actualise sa situation à sa place pendant son année de voyage en Asie et en Amérique du Sud. D’autres recourent à un VPN afin de masquer leur localisation à l’étranger. Certains souscrivent même des options téléphoniques spécifiques pour rester joignables par leur conseiller.
La prudence s’étend aussi aux réseaux sociaux. Publier des photos de vacances peut attirer l’attention. France Travail peut en effet consulter des profils publics ou analyser certains mouvements bancaires pour détecter d’éventuelles incohérences. En 2025, sur 146 millions d’euros de fraudes détectées, 66 millions concernaient des cas liés à la résidence à l’étranger. Près de 4 800 personnes ont été sanctionnées cette année-là.
Des contrôles renforcés et des sanctions possibles
Face à ces dérives, France Travail rappelle disposer d’un service spécialisé dans la détection des fraudes, composé d’environ 150 agents sur le territoire. Les conseillers peuvent également signaler des dossiers suspects. Selon l’institution, le volume de fraudes détectées liées à la résidence a augmenté de 16 % entre 2024 et 2025.
Voir cette publication sur Instagram
Les sanctions peuvent être lourdes : suspensions d’allocations, demandes de remboursement, voire radiation des listes. Toutefois, la réglementation autorise aussi jusqu’à 35 jours de congé par an tout en restant indemnisé, à condition d’en informer l’organisme.
Le débat sur un éventuel retour au pointage physique mensuel reste ouvert, mais France Travail défend sa stratégie de digitalisation, estimant que la majorité des allocataires est engagée dans une recherche active d’emploi.


