Pourquoi les dons via le Livret durable ne décollent pas !

Depuis quelques années, l’idée paraissait séduisante : permettre aux Français de transformer une partie de leur épargne placée sur le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) en dons aux associations. Un geste simple, sans sortir d’argent de sa poche, et qui pouvait allier rendement et solidarité.
Mais cinq ans après le lancement du dispositif, le bilan est amer : les dons peinent à décoller, malgré les 26 millions de livrets ouverts et les quelque 160 milliards d’euros qui y dorment. Pourquoi un tel fiasco ?
Une bonne idée restée dans l’ombre
La première explication tient à la méconnaissance du dispositif. La plupart des détenteurs de LDDS ignorent qu’ils peuvent, en quelques clics, verser une partie de leurs intérêts ou même de leur capital à une association choisie parmi une liste proposée par leur banque.
Les établissements financiers, pourtant tenus d’afficher au moins dix bénéficiaires, communiquent très peu sur cette option. Résultat : seule une minorité des épargnants connaît cette possibilité.
À noter que même parmi ceux qui en ont entendu parler, beaucoup ne savent pas comment activer concrètement l’option.
Des rendements trop faibles pour déclencher le don
Le LDDS suit le même taux que le Livret A. Or, ce dernier a été abaissé à 1,7 % depuis août 2025. Avec un tel rendement, les intérêts générés restent modestes. Un épargnant ayant 10 000 euros placés n’obtient qu’environ 170 euros d’intérêts par an : difficile d’envisager un don conséquent sans rogner fortement sur ses gains.
Autrement dit, le rapport effort/bénéfice n’incite pas à l’acte solidaire.
Important : à une époque où l’inflation reste perceptible, beaucoup de ménages préfèrent conserver leurs maigres intérêts pour préserver un minimum de pouvoir d’achat.
Des freins techniques et administratifs
Au-delà du manque de communication, le parcours utilisateur est loin d’être fluide. Dans certaines banques, l’option est enfouie dans les menus en ligne, quand elle n’exige pas un passage en agence.
Attention : chaque don implique aussi la gestion d’un reçu fiscal transmis par l’association, ce qui peut freiner les plus réticents aux démarches administratives.
Les associations elles-mêmes doivent assurer ce suivi, parfois pour de très petites sommes, ce qui limite leur motivation à promouvoir ce canal.
Un potentiel énorme mais un impact marginal
Le contraste entre les montants placés sur le LDDS et les dons réellement effectués est saisissant
| Indicateur | Valeur 2024 | Commentaire |
|---|---|---|
| Encours total LDDS | ~160 milliards € | Potentiel colossal pour la solidarité |
| Nombre de titulaires | 26 millions | Un foyer sur deux environ |
| Dons effectués | 2,6 millions € | Strictement marginal à l’échelle nationale |
| Pourcentage d’usagers informés | ~15 % | Le grand public reste dans l’ignorance |
On mesure ici l’écart abyssal : à peine quelques millions récoltés pour des associations, alors que des centaines de milliards dorment sur ces livrets. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire attendaient une manne, mais doivent se contenter de miettes.
Un dispositif à repenser d’urgence
Le don via le LDDS n’est pas une mauvaise idée en soi. Mais dans sa version actuelle, il cumule tous les défauts : un manque criant de visibilité, une rentabilité trop faible pour convaincre, un parcours technique décourageant et un impact symbolique plus que réel. Si l’on veut que ce mécanisme devienne un outil efficace au service des associations, il faudra repenser entièrement sa mise en œuvre : meilleure promotion par les banques, simplification des démarches et pourquoi pas, à l’avenir, la mise en place d’un don automatique par défaut sur une fraction des intérêts, laissé à la main de l’épargnant.
En l’état, le LDDS illustre parfaitement un paradoxe français : beaucoup d’épargne disponible, beaucoup de bonne volonté affichée… mais une solidarité bridée par des obstacles pratiques et un manque d’ambition politique.



