Les conditions de vie familiale des enseignants : un profil à part dans la fonction publique

Selon une récente Note d’information (n° 26.02) publiée par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, les enseignants présentent des caractéristiques familiales et professionnelles spécifiques par rapport aux autres cadres de la fonction publique d’État (FPE).
À partir des données de l’enquête FPE 2022 de l’Insee et du Panel des personnels de la DEPP, l’étude met en lumière des écarts significatifs en matière de vie de couple, parentalité, interruptions de carrière, rémunération et niveau de vie.
Des enseignants plus souvent en couple et parents
Au printemps 2023 :
- 77 % des enseignants vivent en couple, contre 72 % des autres cadres de catégorie A de la FPE.
- Deux tiers ont au moins un enfant à charge, contre seulement la moitié des autres cadres.
Cette différence s’explique en partie par la structure d’âge : les enseignants sont majoritairement âgés de 35 à 54 ans, une tranche où la vie familiale est plus fréquente. Ils résident aussi moins souvent dans des communes très urbaines, où les trajectoires familiales sont généralement plus tardives.
Même à caractéristiques comparables (âge, sexe, territoire, salaire), les enseignants ont plus souvent des enfants à charge.
Autre particularité :
- 18 % des enseignants vivent en couple avec un autre enseignant,
- 23 % ont un conjoint enseignant (contre 14 % chez les autres cadres).

Davantage d’interruptions de carrière, surtout chez les femmes
La parentalité plus fréquente a un impact direct sur les parcours professionnels :
- 15 % des enseignants ont interrompu leur carrière pour s’occuper d’enfants (contre 10 % des autres cadres).
- 38 % ont connu une période de temps partiel choisi, contre 29 % chez les autres cadres.
Mais ces écarts disparaissent lorsqu’on tient compte de la situation familiale. Autrement dit, ce n’est pas le métier en lui-même qui explique ces différences, mais la composition familiale.
Un écart femmes-hommes marqué
Les inégalités de genre restent fortes :
- 19 % des enseignantes ont interrompu leur carrière pour s’occuper d’enfants, contre 3 % des enseignants.
- 46 % des enseignantes ont eu recours au temps partiel, contre 17 % des hommes.
Ces proportions sont comparables à celles observées dans l’ensemble des cadres de catégorie A, confirmant que l’enseignement ne fait pas exception en matière de répartition des responsabilités familiales.
Des rémunérations plus homogènes… mais globalement plus faibles
Les enseignants perçoivent en moyenne un salaire inférieur à celui des autres cadres de catégorie A.
- 40 % gagnent entre 25 000 et 34 000 euros nets annuels.
- Un tiers seulement dépasse 34 000 euros, contre la moitié des autres cadres.
Leurs salaires sont moins dispersés, mais globalement plus faibles, y compris à âge équivalent.
Un niveau de vie plus modeste
La moitié des enseignants vivent avec un niveau de vie inférieur à 29 640 euros par an, contre un tiers des autres cadres.
Le niveau de vie prend en compte :
- Les revenus du conjoint
- Les revenus du patrimoine
- Les prestations sociales
- Les impôts directs
Cette mesure reflète donc les ressources réelles du ménage.
Les enseignants sans enfant : un profil spécifique
Les enseignants sans enfant à charge représentent 36 % des effectifs.
On y retrouve :
- Davantage d’hommes
- Plus de jeunes de moins de 35 ans
- Plus de personnes de plus de 55 ans
Ils exercent plus souvent dans le secondaire, vivent davantage en zones urbaines très denses et occupent plus fréquemment des postes de remplacement ou multi-affectés. Ils sont également plus souvent contractuels.
Un niveau de vie plus élevé
35 % des enseignants sans enfant appartiennent à la tranche de niveau de vie supérieure (plus de 36 180 euros annuels), contre 24 % pour l’ensemble des enseignants.
Les familles nombreuses : des carrières plus interrompues
Les enseignants ayant trois enfants ou plus représentent 12 % de la profession.
Leur situation se distingue nettement :
- 28 % ont interrompu leur carrière pour s’occuper d’enfants.
- 60 % ont connu une période de temps partiel.
Chez les femmes ayant une famille nombreuse :
- 71 % ont eu recours au temps partiel.
- 32 % perçoivent moins de 25 000 euros nets annuels.
Leur niveau de vie est également plus faible :
35 % se situent dans la tranche inférieure (moins de 24 860 euros par an).
Les couples d’enseignants : moins d’écarts femmes-hommes
Les enseignants en couple avec un autre enseignant présentent un profil particulier :
- Les femmes y exercent plus souvent dans le second degré.
- Elles sont proportionnellement plus nombreuses à dépasser 34 000 euros annuels.
- Les écarts de rémunération entre femmes et hommes y sont moins marqués.
Ces couples sont également :
- Plus souvent fonctionnaires
- Moins concernés par la multi-affectation
- Plus fréquemment issus d’un parcours classique (formation initiale + concours)
Un métier perçu comme compatible avec la vie familiale ?
L’étude suggère que la profession enseignante pourrait être perçue comme plus compatible avec la vie familiale.
Certains enseignants ayant une famille nombreuse ont d’ailleurs travaillé plusieurs années dans le secteur privé avant d’intégrer la fonction publique, peut-être attirés par un métier exercé auprès d’enfants ou jugé plus conciliable avec la vie personnelle.



