MaPrimeRénov’ en crise : les conseillers en rénovation énergétique redoutent une hémorragie sociale

La tempête qui secoue MaPrimeRénov’ depuis l’été continue de frapper de plein fouet une profession encore jeune : celle des accompagnateurs Rénov’, ces spécialistes chargés de guider les particuliers dans leurs projets de rénovation énergétique.
Après la fermeture du guichet pendant trois mois et une succession de changements réglementaires, la filière s’enfonce dans l’incertitude… et les suppressions de postes s’enchaînent.
Une dynamique brisée net depuis le printemps
Créés pour faciliter les rénovations d’ampleur et rendre les aides publiques plus accessibles, les accompagnateurs Rénov’ (MAR), agréés par l’Agence nationale de l’habitat (Anah), avaient trouvé leur vitesse de croisière en 2024.
Mais depuis le printemps 2025, le souffle s’est coupé.
Le président de la communauté des MAR, Sebastian Ruiz, résume la situation sans détour :
« La dynamique est cassée. »
Avant la fermeture estivale du guichet, l’Anah recevait environ 10 000 dossiers de rénovations lourdes chaque mois. Après la réouverture fin septembre, seuls 6 898 dossiers ont été déposés, dont beaucoup en attente depuis des mois.
Pour les professionnels, la chute est vertigineuse. Sebastian Ruiz dit être passé de 10 nouveaux projets mensuels à quasiment un seul, une baisse de 90 % de prospects.
Même constat pour Camille Thomas, dirigeante d’Assistant Rénov et fondatrice du réseau Renomar : l’activité MAR a plongé de 80 %, forçant les entreprises à réduire la voilure.
Licenciements en cascade : jusqu’à 1 500 postes menacés
Entre licenciements, contrats gelés et restructurations, la filière n’avait encore jamais connu une telle secousse.
Selon une enquête menée fin octobre par Renomar auprès de 600 accompagnateurs :
- 71 % ont déjà pris des mesures de réduction d’effectifs,
- Le tiers restant s’y prépare,
- Un sur deux a licencié ou prévoit de le faire.
Au sein du réseau Renomar, 200 emplois ont déjà disparu en quatre mois, l’équivalent de 20 % des effectifs. Si la tendance se poursuit, les estimations évoquent jusqu’à 1 500 postes menacés à l’échelle nationale.
Les structures les plus fragiles sont celles créées récemment, parfois en 2025, qui avaient investi lourdement dans le recrutement et l’installation. « Plusieurs entreprises se retrouvent brutalement sans activité et en difficulté financière », alerte Sebastian Ruiz.
Même les acteurs historiques – bureaux d’études, cabinets spécialisés et consultants travaillant avec les collectivités – voient leurs équipes vaciller. Beaucoup redéploient en urgence leur personnel vers d’autres missions.
Des aides recentrées en 2026 : un avenir encore plus flou
Alors que la filière espère un signal positif de l’État, le message envoyé par le ministère du Logement n’a rien de rassurant.
Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, a indiqué que MaPrimeRénov’ devrait continuer en 2026 avec des critères restreints, concentrant les aides sur les ménages modestes et très modestes.
MaPrimeRenov’ : l’État décide de réduire les chantiers éligibles pour 2026 pic.twitter.com/4zhfroDE5y
— Week-end Première (@WEPremiere) September 6, 2025
Une décision qui repousserait encore la réouverture du dispositif aux classes intermédiaires, un segment essentiel pour l’équilibre économique des accompagnateurs Rénov’.
Pour Camille Thomas, le verdict est clair :
« Si le marché ne repart pas très vite, ce sera la catastrophe »
🔍 En 2026, le visage de MaPrimeRénov change radicalement. Vous pensiez isoler vos murs ou installer une chaudière biomasse avec une aide ? Pensez à nouveau ! Ces gestes isolés ne seront plus financés individuellement. 🤔 Face à cette évolution, il devient crucial de (1/4) pic.twitter.com/bru9Tdx5L6
— FNAIM Picardie (@FNAIM_Picardie) October 16, 2025
Une filière indispensable mais fragilisée
Alors que la rénovation énergétique reste l’un des leviers majeurs pour réduire les émissions du parc immobilier français, la fragilisation des conseillers qui accompagnent les ménages pourrait constituer un frein supplémentaire à la transition.
En attendant des décisions gouvernementales plus lisibles, les professionnels naviguent à vue. Entre incertitudes réglementaires, lourdeurs administratives et baisse des demandes, beaucoup craignent que l’hiver 2025-2026 ne marque un tournant noir pour une filière pourtant jugée essentielle quelques mois plus tôt.



