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Arrêt maladie : un simple SMS peut coûter très cher à votre employeur, la Cour de cassation frappe fort

Author: Julien Varnel — · Updated:

Short summary: Recevoir un message professionnel pendant un arrêt maladie peut sembler anodin, presque banal à l’ère du smartphone. Pourtant, une récente décision de la Cour de cassation, rendue le 19 novembre 2025, rappelle avec fermeté que l’arrêt de travail n’est pas une parenthèse flexible mais une suspension stricte du contrat de travail. Cette jurisprudence renforce considérablement …

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Recevoir un message professionnel pendant un arrêt maladie peut sembler anodin, presque banal à l’ère du smartphone. Pourtant, une récente décision de la Cour de cassation, rendue le 19 novembre 2025, rappelle avec fermeté que l’arrêt de travail n’est pas une parenthèse flexible mais une suspension stricte du contrat de travail. Cette jurisprudence renforce considérablement les droits des salariés et expose les employeurs à des sanctions financières importantes, même en l’absence de preuve d’un préjudice concret. L’arrêt maladie : une suspension totale du contrat de travail Pendant un arrêt maladie, le salarié est juridiquement dispensé de toute obligation professionnelle. Le contrat de travail est suspendu, ce qui signifie que l’employeur ne peut ni exiger une prestation de travail, ni solliciter le salarié pour des missions, des suivis ou des prises de décision. Cette règle vise avant tout à protéger la santé du salarié et à garantir l’effectivité du repos prescrit par le médecin.

 

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Dans l’affaire ayant conduit à la décision du 19 novembre 2025, l’employeur avait multiplié les sollicitations par SMS et courriels durant plusieurs arrêts maladie successifs. Les messages portaient sur des sujets concrets et opérationnels : contacts clients, négociations commerciales, questions financières, avec parfois des relances en cas d’absence de réponse. La Cour de cassation a estimé que ces échanges dépassaient largement la simple transmission d’informations nécessaires à la continuité de l’activité. Même si un employeur peut, dans des cas très limités, transmettre une information ponctuelle ou neutre, toute demande impliquant une réflexion, une action ou une responsabilité professionnelle est prohibée. Le critère retenu par la Cour n’est pas la durée de la sollicitation, mais sa nature. Un « simple SMS » peut ainsi suffire à caractériser une poursuite d’activité professionnelle illicite. L’obligation de sécurité de l’employeur au cœur de la sanction La Cour de cassation fonde sa décision sur l’article L. 4121-1 du Code du travail, qui impose à l’employeur une obligation de sécurité visant à protéger la santé physique et mentale des salariés. Cette obligation est large et proactive : l’employeur doit prévenir les risques, y compris psychosociaux, et éviter toute situation susceptible de nuire à la santé du salarié. Permettre, ou pire encourager, la poursuite d’une activité professionnelle pendant un arrêt maladie constitue un manquement direct à cette obligation. Peu importe que le salarié ait répondu volontairement ou par loyauté professionnelle : la responsabilité incombe à l’employeur, qui doit s’abstenir de toute sollicitation inappropriée. La haute juridiction s’oppose ainsi clairement à l’analyse de la cour d’appel de Dijon, qui avait exigé la preuve d’un préjudice subi par le salarié. Pour la Cour de cassation, le raisonnement est différent : le seul constat du manquement ouvre droit à réparation. Cette logique s’inscrit dans une évolution jurisprudentielle amorcée en 2024, consacrant l’automaticité du préjudice dès lors que l’employeur viole ses obligations pendant une période de suspension du contrat.

Une indemnisation facilitée et une portée étendue à d’autres situations L’apport majeur de cette décision réside dans la simplification de la charge de la preuve pour le salarié. Désormais, il suffit de démontrer l’existence de sollicitations professionnelles pendant l’arrêt maladie pour prétendre à une indemnisation. Le salarié n’a plus à établir un stress particulier, une aggravation de son état de santé ou une souffrance psychologique spécifique. Dans l’affaire Elithis Solutions, le dossier est renvoyé devant la cour d’appel de Besançon, qui devra statuer sur le montant de la réparation. Selon les pratiques habituelles, l’indemnisation pourrait atteindre plusieurs milliers d’euros, en fonction de la durée des sollicitations et de leur intensité. Cette perspective constitue un signal fort envoyé aux employeurs, notamment dans les secteurs où la frontière entre vie professionnelle et vie privée est déjà fragile. La Cour de cassation inscrit par ailleurs cette jurisprudence dans une logique plus large, applicable à d’autres périodes de suspension du contrat de travail. Le congé de maternité bénéficie d’une protection renforcée, tant par le Code du travail que par le droit de l’Union européenne. Dans un arrêt du 4 septembre 2024, la Cour avait déjà jugé que le non-respect de la suspension totale de l’activité pendant le congé de maternité ouvrait droit à réparation automatique, sans exigence de préjudice distinct. Cette continuité jurisprudentielle marque une volonté claire : rappeler que certaines périodes sont sanctuarisées et que le travail à distance, même informel, n’y a pas sa place.

Pour les salariés, il s’agit d’un levier juridique puissant. Pour les employeurs, d’un rappel sévère qu’un message malvenu peut désormais coûter bien plus cher qu’un simple SMS.

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