Emploi

Chômage : pourquoi France Travail réduit vos droits en “période verte” ? La règle qui surprend des millions de demandeurs

Depuis quelque temps, un terme étrange circule sur les réseaux sociaux : « période verte ». Certains utilisateurs affirment avoir perdu plusieurs mois d’indemnisation parce que « la France est en vert ».

D’autres parlent de « période rouge » comme si le pays changeait soudain de statut. Cette nouvelle façon de réguler les droits au chômage intrigue, inquiète et alimente de nombreux malentendus.

Pourtant, derrière ces couleurs symboliques se cache un mécanisme bien réel, voté en 2022 et appliqué depuis 2023, qui repose sur des critères économiques stricts. Et malgré les craintes exprimées en ligne, il est loin d’être aussi brutal que certains le prétendent.

Qu’est-ce que la période verte et pourquoi elle réduit vos droits de 25 % ?

La « période verte » est activée lorsque le taux de chômage reste inférieur à 9 % pendant trois trimestres consécutifs. Autrement dit, lorsque la situation économique est jugée “favorable” au retour à l’emploi.

Dans ce contexte, France Travail applique mécaniquement un coefficient de 0,75 sur la durée d’indemnisation. Cela signifie que les droits sont réduits de 25 %, sans jamais toucher au montant mensuel qui reste exactement le même. Par exemple, une personne ayant droit à 12 mois d’allocation ne percevra plus que 9 mois d’indemnisation.

Cette règle découle de la loi n° 2022-1598, adoptée fin 2022, qui vise officiellement à adapter l’assurance chômage à la conjoncture afin de raccourcir la période d’inactivité lorsque le marché est jugé ouvert.

Cette modulation est souvent perçue comme injuste, car elle s’applique de façon uniforme, même si un secteur est en crise. Une communicante, un graphiste, une personne travaillant dans l’événementiel ou la culture subit la même réduction de durée qu’un salarié d’un secteur en plein recrutement.

C’est d’ailleurs ce qui a suscité les réactions virales sur TikTok, où plusieurs internautes s’étonnent de perdre des mois alors que leur domaine peine à recruter.

@dinabrf

Je vais traverser la rue ducoup #chomage #communication #pourtoi

♬ son original – Ekklo

Période rouge : aucun changement des droits et possibilité de récupérer les mois perdus

À l’inverse, la « période rouge » est déclenchée dès que le taux de chômage dépasse 9 % ou augmente de plus de 0,8 point en un seul trimestre. Dans cette situation, aucune réduction n’est appliquée : la durée d’indemnisation reste celle prévue initialement.

Mieux encore, un « complément de fin de droits » existe pour les personnes qui avaient vu leurs indemnités réduites lors d’une période verte. Si elles arrivent en fin de droits au moment où la France repasse en rouge, elles récupèrent automatiquement les mois supprimés. Une personne passée de 12 à 9 mois peut ainsi récupérer ses trois mois perdus.

Ce mécanisme agit comme un filet de sécurité destiné à éviter que les demandeurs d’emploi ne se retrouvent sans ressources dans un contexte économique tendu. Contrairement à la rumeur, personne ne perd « la moitié » de ses droits : la réduction maximale reste fixée à 25 % et elle n’est jamais définitive si la situation économique se dégrade.

Des règles nationales, pas sectorielles : qui est concerné ou exempté ?

La modulation ne s’applique qu’en France métropolitaine et uniquement aux salariés soumis au régime général. Elle ne dépend ni du métier ni du secteur d’activité : les règles sont nationales et uniformes.

Seules certaines catégories sont totalement exclues : les résidents des DROM-COM, les intermittents du spectacle, les marins-pêcheurs, les dockers et les expatriés. Pour les autres, le statut “vert” ou “rouge” repose exclusivement sur les chiffres de l’Insee, publiés chaque trimestre.

Cette uniformité est précisément ce qui crée un sentiment d’injustice chez certains demandeurs d’emploi. Les personnes issues de secteurs fragilisés — communication, audiovisuel, culture, événementiel — voient leur indemnisation réduite alors même que leurs opportunités professionnelles sont limitées. Pourtant, le système ne prend pas en compte la situation individuelle : seule la tendance nationale compte.

Julien Varnel

Journaliste économique, partage depuis plusieurs années des analyses approfondies sur les thématiques d’investissement, de fiscalité et de retraite. Son objectif : rendre l’information économique fiable, pédagogique et accessible à tous les lecteurs soucieux de mieux gérer leur patrimoine.

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